Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu. (Mc 16, 19)
Mardi 21 mai 2024

Eglise catholique à Madagascar

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Message de la Commission Episcopale Justice et Paix avril 2024


«Jésus est notre Fihavanana»  et  «Fihavanana pour guérir le monde… vous êtes tous frères (Mt 23, 8) 


La Commission épiscopale « Justice et Paix » de Madagascar a tenu sa première réunion ordinaire de l'année 2024, à Antananarivo à Ampatsakana-By Pass du 08 au 11 avril 2024. Cette rencontre a permis aux membres de partager des informations et d'analyser les situations actuelles qui prévalent dans toute l'île.

Le fihavanana (mot intraduisible) est une valeur bien estimée à Madagascar et par tous les Malagasy sans exception. Il est le fondement de toutes les relations : de la relation avec Dieu jusqu’à celles avec la créature, en passant avec celles d’autres personnes.  La situation actuelle semble cependant démontrer le contraire. Cette valeur qu’est le fihavanana est annihilée. c'est la raison principale de ce message en voulant reprendre le thème du Congrès eucharistique national (KEN 2024) qui se tiendra à Antsiranana du 23 au 25 Août 2024 : « Fraternité (fihavanana) pour guérir le monde... vous êtes tous frères ( Mt 28, 3)...Le Pape François a également exprimé sur le fihavanana, lors de la visite ad limina des évêques de Madagascar le 28 mars 2014, en manifestant son regret de voir la perte de cette valeur selon le message des Evêques (nov. 2013) : « Dans votre message de clôture de l’année de la foi, vous avez regretté la perte du vrai fihavanana, ce mode de vivre propre de votre culture, qui favorise l'harmonie et la solidarité entre  les Malagasy. Les valeurs que le Créateur a imprimées dans votre culture doivent continuellement se transmettre en les illuminant du dedans à travers le message évangélique. Ainsi la dignité de la personne humaine, la culture de la paix, du dialogue et de la réconciliation pourront retrouver leur place dans la société en vue d'un futur meilleur »

I/ « Maladies » qui érodent et détruisent le fihavanana 

 Nous reconnaissons fortement que vu malheureusement, les innombrables maladies qui rongent et qui détruisent le fihavanana partout dans notre pays, il nous est impossible de les répertorier tous mais nous relevons seulement quelques-unes  pour que nous ayons une idée : 

I.1- Le coût de la vie augmente, et avec, le risque d’exclusion des pauvres… donc le danger d’une montée du nombre de malades et de morts, sans parler du fossé qui sépare le petit peuple de la minorité aisée.

I.2- Vols, cambriolages, meurtres, vols à mains armées souvent avec des armes d'origine inconnue mais de plus en plus sophistiquée, les « dessous de tables » aussi… tout cela et d’autres abiment le fihavanana A cause de l’insécurité les gens ont peur, ils fuient leurs maisons, leurs champs, le fruit de leur travail. Des tombes sont saccagées pour vols d’ossement. Mais en fait le but est de créer des confusions jusqu’à fouler aux pieds l’identité et l’histoire des Malagasy qui tiennent tant sur leurs ancêtres. Ce qui est grave est que ceux qui sont appréhendés n’ont même pas eu d’enquêtes sérieuses et les dossiers vite classés… Il faut aussi relever ces enfants volés, violés maltraités ou emmenés à l’étranger.

I.3- Corruption, détournement de fonds publics…. sont omniprésents… Toutefois le vol d’une tige de manioc par des pauvres, qui souffrent de faim, peut entraîner la mort de l’individu. Aujourd’hui, l’adage populaire a changé « vaut mieux perdre le fihavanana que perdre de l’argent ».

I.4-La richesse nationale, provenant de l'agriculture, de la pêche, est dilapidée par des personnes sans vergogne de même que les ressources minières, dont certaines sont sources de contrebande. Ces « pauvrophobes » deviennent des magnats par contre  le pauvre peuple, vrai propriétaire de ces richesses, s’appauvrissent n’ont même pas à manger.

I.5- Le système éducatif s’écroule…. Combien d’écoles publiques sont délabrées, c’est le nom seulement qui reste ! L'école privée qui n’arrive pas à subvenir à ses besoins est moribonde comme dit l’adage populaire elle est comme une vache maigre portant de nombreuses cornes, n’arrive plus à se tenir debout. Le véritable danger est que le système éducatif n’est plus à jour et ne répond plus aux besoins réels du pays et des régions. 

I.6-L'environnement est détruit : En fait ce n’est pas une catastrophe d’origine naturelle mais provoquée par les gens inconscients qui entrainent ces cataclysmes…  et souvent ce sont les pauvres qui en sont toujours les victimes. La forêt continue à être détruite et saccagée, brûlée… Comme conséquences les sources d'eau se sont taries dans plusieurs régions ou bien par contre par manque d’arbres une grosse pluie ravage tout au passage. Le bouleversement climatique est bien présent causant beaucoup de dégâts.

I.7- Le fihavanana n’est plus ce qu’il doit être puisque tous s’insultent, s’attaquent, ne se respectent plus… . L’égoïsme, l’orgueil, la jalousie, l’hypocrisie, le mensonge… régissent les relations (voir message du Cardinal Tsarahazana, Pâques 2024). Tout cela conduit à la mauvaise politique dénoncée par le Pape dans son Encyclique Fratelli Tutti (chapitre 6). Bref, notre fihavanana est bien malade et très fragile. Il a besoin de remèdes urgents et efficaces. !

II/ Une lueur d'espoir pour faire revivre le fihavanana ... mais !

II.1-Il y a effectivement des efforts du gouvernement pour lutter contre l'instabilité, l’insécurité comme l'augmentation du nombre de policiers et de soldats, la construction d'infrastructures plus proches des populations, en fournissant des matériels aux militaires... et reconnaissons qu’il y a eu de bons résultats car de nombreux criminels ont été arrêtés et l'insécurité semble diminuer dans certains endroits, les troupeaux volés repris et rendus à leurs propriétaires.

II.2-De même il est bon de relever l'effort entrepris dans le domaine de l'éducation à travers les projets y afférents, le recrutement de nombreux enseignants comme fonctionnaires, la distribution de kits scolaires aux élèves... cependant, le taux de scolarisation des enfants la fréquentation scolaire diminue et nombreux enfants abandonnent le chemin de l’école ou du collège à cause de la pauvreté. Les parents n’ont aucun moyen pour subvenir aux frais scolaires.

II.3- Les routes sont l’artère principale de l’économie et du développent.  Il y a eu un effort pour réparer et réhabiliter des routes et des ponts... et les gens en ont bénéficié, mais il semble que certaines de ces réparations se soient arrêtées... et celles qui ont été terminées sont endommagées de nouveau.

II.4-Un grand effort est accompli ces derniers temps pour le reboisement. Malheureusement il n’y a pas eu de suivi et il manque encore des sensibilisations et aucune éducation concernant l’écologie. L’urgence et la nécessité exigent une politique claire et précise de lutte contre le changement climatique car comme dit l’adage l’avenir est aujourd’hui et non demain.

II.5- Il est bon de relever également l’effort au niveau foncier cherchant à aider les gens à exercer complètement leur droit sur leur terrain par la distribution des livrets attestant la possession du terrain à ceux qui les cultivent ou qui les rendent fructueux et enfin en les accompagnant dans la constitution des dossiers jusqu’à l’obtention du titre. Toutefois il faut reconnaître que le chemin est encore long  et ensuite le problème foncier engendre souvent des litiges détruisant le fihavanana… En outre les riches ayant des possibilités accaparent de nombreux terrains à travers Madagascar. 

Pour conclure, des efforts ont été accomplis par les responsables pour que le fihavanana reprenne sa vértiable place dans la vie des gens et ils doivent continuer et même doivent faire mieux… Toutefois si la mentalité égocentrique prime encore négligeant la valeur ancestrale du fihavanana, et en plus, ne respectant pas les lois, les structures de l’état, le fihavanana devient de plus en plus fragile et aucun développement ne sera envisageable.

III/ «Alors que devons-nous faire?" » (message de la Conférnce Episcopale » de novembre 2023)….pour rétablir le fihavanana ?

III.1- Que le Gouvernement et tous les responsables (nommés, élus ou les futurs élus) puissent vraiment avoir la volonté de rebâtir le pays (avoir une volonté politique) en mettant en place un véritable Etat de droit et qu’ensemble cherchent le Bien Commun. Et nous, le peuple qui participons aux prochaines élections cherchons à voter et à élire des personnes qui incarnent un vrai développement et qui cherchent à réaliser le vrai fihavanana en suivant ce que le Pape François souligne  que la vraie politique parfaite se fonde sur le don de soi, le service pour un véritable épanouissement de l’homme et de tout homme (lettre encyclique Fratelli Tutti)

III.2- L'élaboration des lois et leur mise en œuvre doivent s’effectuer dans la transparence et dans l’intégrité tout en préservant toujours le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine tout en sachant que personne n’est au-dessus de la loi. 

III.3-Il est nécessaire d'avoir un plan de développement durable dans le respect de l’environnement pour l’épanouissement de tous. Dans cette démarche la transparence est de rigueur, permettant à chacun de contrôler et d’évaluer.

III.4-Vu la situation de crise, nous sommes appelés à être unis, à faire un unique front…C’est au sein d’un vrai fihavanana que nous pouvons reconstruire le pays. Que les conflits cessent, que chacun se respecte, évitons les dénigrements et que règne un vrai apaisement. Prenons comme guide le Message du Pape François aux jeunes à Soamandrakizay le 7 septembre 2019 : « ne jamais dire à notre voisin  que je n'ai pas besoin de toi » 

III.5- Chacun doit assumer son entière responsabilité... Seul le travail apportera des résultats. Surmontez le doute, arrêtez de faire des promesses vides, des commérages et de rejeter la responsabilité sur les autres. Nous sommes tous responsables, qui que nous sommes.

A tous les Malagasy ! Ne perdons jamais espoir, ne baissons pas les bras. Le Seigneur est là et faisons confiance à Lui qui nous dit : « voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde (Mt 28, 20)."  « N'ayez pas peur, j'ai vaincu le monde… » (Jn 16, 33). Le Christ est en effet notre paix, notre fihavanana. Nous devons nous tourner vers Lui. Il nous a appris à prier et nous a donné un exemple d'amour et de service. Il nous a réconciliés avec le Père et nous a réconciliés comme fils de Dieu, nous sommes tous frères. Nous L’implorons de nous donner l'Esprit d'amour qui nous unit, pour nous aider à nous convertir et devenir le « sel de la terre », pour nous réconcilier en vue du développement intégral … N’oublions pas que seul le fihavanana guérira le monde (KEN 2024). Comme conclusion, nous exprimons notre solidarité et notre réconfort à tous ceux qui ont perdu des êtres chers lors des dernières catastrophes qui ont frappé le pays, aux victimes, à tous ceux qui ont eu  des biens perdus… Que Notre-Dame, Reine de la Paix, Sainte Patronne de Madagascar, intercède pour nous implorant la miséricorde.

 Ampantsakana/ By-Pass (Antananarivo), le 11 Avril  2024.


Les représentant de Justice et Paix de Madagascar 


Le Secrétaire Général L’Evêque Président

RP. Sata Jean Noël ANDRIANASOLO S.E. Monseigneur Benjamin Marc RAMAROSON