À tous les citoyens,
Bref message de la Conférence des Évêques de Madagascar (CEM) face aux homicides perpétrés ici et là. Prononcé par Monseigneur Jean Pascal Andriantsoavina, évêque d'Antsirabe, Vice Président de la CEM
Chers compatriotes, en ces temps particulièrement difficiles, nous, évêques raiamandreny, ne pouvons rester de simples spectateurs face à cette triste réalité et à ces vagues de meurtres commis ici et là, dont on ignore encore qui sont les commanditaires. Nous exprimons notre soutien et notre profonde empathie avec vous tous qui avez perdu des proches, des enfants, à cause de cette cruauté sans pareille.
De nombreux citoyens sont désemparés, en particulier les plus vulnérables qui n'ont personne sur qui s'appuyer. La situation que nous traversons nous pousse à nous interroger : à qui profite la trajectoire actuelle que nous, Malgaches, sommes en train de vivre ? Allons-nous nous entre-tuer ainsi sur place ? N'y a-t-il plus aucune voix de la conscience ? Où est passée la sagesse malgache qui respecte la vie ? Au lieu de cultiver le fihavanana (le sens de la fraternité), il semble qu'il n'y ait plus aucune crainte du Dieu Créateur, auteur de la vie. Se pourrait-il, à Dieu ne plaise, que le mal finisse par régner au sein de notre société actuelle, elle qui était pourtant mondialement réputée pour sa probité, au point que même « une bouse de vache retournée, personne n'y touchait » ?
À l'adresse des citoyens : Ne vous laissez pas entraîner à ôter la vie, car la vie est précieuse et unique, comme le disaient nos ancêtres (Ntaolo). De plus, Dieu nous prescrit ce commandement ferme : « Tu ne tueras point » (Exode 20, 13). Soyons tous, ensemble, des défenseurs de la vie. Ce n'est jamais le meurtre d'enfants ou de personnes vulnérables qui nous sortira de cette profonde pauvreté. Laissez les autres vivre comme vous, et faire face à leur propre existence.
Par ailleurs, soyons tous vigilants face aux troubles actuels qui visent à semer le chaos dans notre vie en société. Évitez les calomnies, les conjectures et les vengeances gratuites motivées par le délit de faciès (« ceux dont la tête ne nous revient pas »). La diffamation est un fléau pour la société, car l'Écriture Sainte dit : « Beaucoup sont tombés par le tranchant de l'épée, mais pas autant que ceux qui ont péri par la langue » (Sir. 28, 18).
À l'adresse des dirigeants : Nous sommes conscients des efforts que vous déployez déjà face à la souffrance de la population, mais faites en sorte que les actes accomplis soient plus nombreux que les paroles prononcées. Prenez garde à ne pas vous laisser distraire, car le mal ne fait que gagner du terrain. Que toute la lumière soit faite sur les véritables causes de cette terreur, afin que l'enquête ne s'évanouisse pas dans la nature, comme c'est trop souvent le cas.
Unissons nos prières, accompagnées des actions de chacun, afin que nous nous tournions davantage vers Dieu, Lui qui est à la fois la source de la vie, l'auteur de tout bien et Celui qui rétribue chacun selon la grandeur de sa miséricorde. Puissions-nous ne pas être de simples croyants ou des personnes qui se contentent de se dire croyantes, mais que chacun de nous vive et s'attache fermement à cette prière, dans ses relations avec son prochain et avec la Création.
Tu ne tueras point,
Nous, évêques, vous bénissons, et nous restons unis de tout cœur et par la prière avec vous.
Au nom de la Conférence des Évêques de Madagascar.
Le 13 juillet 2026